13 novembre, atelier 2 –
“Dialogue et action collective : enjeux et obstacles”

 

Michel Pigenet, président de cette séance, prend la parole : “Ce matin, il a été question des collectifs… Nous y voici avec cet atelier où nous allons voir comment les acteurs s’emparent de ces questions de souffrance au travail, comment ils disent leurs maux et comment ils agissent”.

Ecouter l’introduction de Michel Pigenet :

 

“Les conditions sociales de l’engagement des CHSCT dans le travail de prévention”

L’intervention d’Arnaud Mias porte sur la question des CHSCT au sein des entreprises, un sujet “jusque-là plutôt délaissé. Ce désintérêt scientifique n’est pas étranger à l’aspect marginal longtemps associé à cette instance dans les pratiques et les représentations syndicales”, explique-t-il.

Dans un contexte de montée en puissance des problématiques de santé au travail, les premiers travaux ont émergé il y a quelques années. Il en ressort que l’engagement du CHSCT dans la démarche de prévention dépend très largement de la configuration sociale dans laquelle il se trouve pris. Le contexte serait donc déterminant : la gravité des risques, le réseau d’acteurs internes et externes à l’entreprise, la présence de syndicats dans l’établissement, le contexte économique, l’identité et le positionnement du président du CHSCT.

“Certains de ces facteurs peuvent relever de l’évidence, mais les études statistiques montrent qu’il faut se méfier de certaines prénotions. Notamment celle qui voudrait que l’on prévient d’autant mieux que le danger est élevé, ou que les mesures de prévention ne peuvent être prises que dans des contextes de bonne santé économique de l’entreprise”, nuance Arnaud Mias. “On peut de façon complémentaire s’intéresser aux postures, aux façons de faire vivre l’instance. L’idée de ma communication est de comprendre comment cette posture résulte du déploiement de modalités d’action spécifiques, qui est lui-même dépendant du sens que les représentants du personnel leur donnent”.

Dans la suite de son intervention, Arnaud Mias passe en revue les six modalités d’action à la disposition des représentants du personnel, qui illustrent diverses façons de faire avancer la prévention.

Ecouter l’intervention d’Arnaud Mias :

 

“Les espaces de dialogue : un outil pour mettre des mots sur les maux”

Après cet exposé sur les CHSCT, Bernard Brière et Cécile Piney racontent leur expérience de création d’un “espace de dialogue” au sein d’une grande administration de l’État dont ils tairont le nom, pour le compte de l’Ires (Institut de Recherches Economiques et Sociales).

L’intervention s’est faite à la demande des syndicats et de l’administration. “L’idée était d’objectiver et de faire remonter les demandes au plus haut niveau possible”, explique Bernard Brière. “De créer un espace de dialogue sur le temps de travail, sur la base du volontariat, sans thème prédéfini, pour libérer la parole : faire émerger des demandes et des propositions, obtenir des réponses au niveau de l’ensemble de la chaîne hiérarchique, autant de conditions indispensables à la réussite d’un espace de dialogue”.

“L’espace de dialogue se composait de cinq à quinze personnes accompagnées d’un binôme de facilitateurs que nous avons formés”, précise Cécile Piney. L’anonymat des participants était assuré. Ils ont rempli une grille inspirée du modèle de Gollac et Baudier, disponible ici, qui fait appel à six critères : exigence du travail, exigence émotionnelle, autonomie et marge de manœuvre, rapports sociaux et relations au travail, conflits de valeurs, insécurité socio-économique.

Ecouter la présentation de Bernard Brière et Cécile Piney :

 

Souffrance au travail : quelles revendications syndicales possibles dans un milieu hautement qualifié ?

Lucie Goussard a étudié la manière dont les groupes syndicaux se saisissent de la question de la souffrance au travail. “Ce questionnement a été mené à deux niveaux”, explique-t-elle : “national, à partir des discours des confédérations et des unions nationales, puis local avec l’exemple de trois entreprises situées dans le secteur de l’automobile, de l’aéronautique et de l’énergie. Le personnel de ces entreprises est hautement qualifié, composé de techniciens et de cadres, une population dont l’activité comprend moins de facteurs physiques que psychologiques”.

Au niveau national, Lucie Goussard a pu constater que la souffrance au travail est une thématique investie par toutes les organisations syndicales. Et qu’en dépit de l’intérêt porté à cette thématique, elle reste une revendication secondaire dans toutes les organisations syndicales. Par contre, les objectifs poursuivis et les corpus mobilisés diffèrent d’une organisation syndicale à une autre, ce qui modifie leur façon de placer la souffrance au travail au sein du débat.

Du côté des militants locaux, il existe un décalage entre les convictions syndicales des militants locaux et les pratiques qu’ils mettent en œuvre pour endiguer les situations de mal-être, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en question les facteurs collectifs et organisationnels de la souffrance au travail. Aux yeux de certains d’entre eux, il leur est difficile d’agir sur la souffrance au travail dans la mesure où elle leur paraît peu objectivable… Plus généralement, les militants formulent des doutes sur leur compétence et leur légitimité à aborder ce problème. Leurs leviers d’action se révèlent également peu nombreux et limités.

Ecouter l’intervention de Lucie Goussard :

 

C’est au tour de la juriste Nathalie Ferré, discutante lors de cette séance, de livrer son point de vue sur la question, cette fois-ci sous l’angle de la législation.

“Le domaine de la santé et de la sécurité au travail fait l’objet d’une intervention privilégiée du législateur. Il est dominé par les normes étatiques. De nombreuses normes réglementaires se sont empilées au cours du XIXe puis du XXe siècle, qui traduisaient une politique de sécurité essentiellement technique. Progressivement, le législateur a élargi son champ de vision pour redessiner son approche et se diriger vers une politique tournée vers la santé, à partir des années 90.”

Les syndicats n’ont pas manifesté d’intérêt pour la question durant un siècle et demi. “Aujourd’hui, on est dans un contexte institutionnel différent puisque les partenaires sociaux sont obligés de se pencher sur la question depuis 2007. Les principaux accords nationaux interprofessionnels portent d’ailleurs tous sur les risques psycho-sociaux”, poursuit-elle.

Nathalie Ferré commente ensuite les trois interventions qui ont précédé…

Ecouter l’intervention de Nathalie Ferré :

 

L’atelier se poursuit par une séance de questions-réponses avec le public.

Ecouter la discussion :

 
Retranscription : Nicolas Gauduin

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