13 novembre, atelier 1 –
“La transformation des métiers : cause ou remède de la souffrance ?”

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“Ces quatre interventions portent sur des secteurs très différents, mais elles se recoupent dans ce qu’elles nous apprennent sur l’organisation du travail et ses transformations récentes, résume Thierry Pillon, professeur de sociologie à l’université de Rouen. Les changements techniques, les modalités d’imposition de ces changements et leurs effets sur la santé physique des travailleurs ont des points communs. Vous présentez des aspects contradictoires, ambivalents de ces contraintes nouvelles. Certains sont temporels : la pression temporelle, l’accélération du temps… et l’on voit dans les quatre présentations la disparition d’une capacité d’anticipation du travail, qui est une dimension importante du travail actuel. L’entrée dans des logiques compétitives, chez les consultants comme dans les entrepôts, porte aussi l’influence du temps.

Frédérique Leblanc : « Une souffrance socialement et professionnellement impensée »

Frédérique Leblanc n’avait pas prévu de travailler sur la souffrance au travail : le sujet s’est imposé au fil de ses recherches, et des récits des salariés de librairie qu’elle étudiait. Elle s’intéresse aux changements dans la nature des rapports à l’emploi, au travail et au métier, et donc aux dysfonctionnements, que la souffrance, physique ou morale, signale. Dans les très petites entreprises que sont très majoritairement les librairies, les salariés doivent endurer des contraintes auxquelles on ne pense pas forcément : les charges lourdes des cartons de livre ; des modes de management longtemps restés paternalistes et aujourd’hui très souvent peu pensés ; une impossible « reconnaissance » du travail… Autant d’éléments qui enrichissent les recherches de Frédérique Leblanc, chercheuse au Cresppa-CSU, sur l’articulation entre travail, emploi et métier.

Écouter l’intervention de Frédérique Leblanc : Silence ou stratégie de fuite face à la situation de souffrance au travail : regard sur des libraires salariés

Lucie Noury : “tenir” dans un cabinet de consultants

“Le fait d’être en souffrance est absolument contradictoire avec le modèle du métier de consultant”, remarque Lucie Noury, qui prépare une thèse de gestion à Mines ParisTech sur la santé au travail des consultants avec le soutien du Gestes. Son projet (à lire ici) est de partir “de l’étude des problèmes de santé des individus, au sein de structures organisées autour d’un modèle combinant partnership comme mode de gouvernance et structure pyramidale, [pour] caractériser les symptômes de cette crise et en identifier les causes premières, dans une logique préventive”. Elle présente ici une enquête réalisée avec Sébastien Gand et Jean-Claude Sardas, afin de comprendre comment les consultants composent avec les exigences d’excellence de leurs cabinets et de leurs clients, dans un métier à la définition très floue.

Télécharger le résumé de la présentation de Lucie Noury, “Entre souffrance créatrice et délétère : stratégies individuelles de gestion de la mise sous tension dans les entreprises de service professionnel”

Pascal Simonet : un collectif des fossoyeurs pour améliorer le geste

Certains métiers sont des facteurs de risques en soi, comme celui de fossoyeur, qui demande d’exécuter des gestes répétitifs et physiquement éprouvants. C’est pourquoi Pascal Simonet, chercheur au Centre de recherche sur le travail et le développement du CNAM, a participé avec des médecins du travail à des activités de prévention afin de réduire les troubles musculo-squelettiques causés par certains gestes. Après une observation prolongée des professionnels en action, les chercheurs leur présentent des vidéos de leur travail afin d’enclencher la discussion sur l’exécution des différents gestes. “Cette formation par l’analyse du travail interroge les ressorts de la prévention durable des TMS en posant, notamment, la question du protagoniste de la prévention ou encore celle, associée, de la fonction psychologique du collectif de métier comme ressource de l’activité individuelle” précise Pascal Simonet dans une communication écrite à l’Irsst québécois.

Écouter la présentation de Pascal Simonet : Les transformations du geste professionnel à partir de la mesure des tensions du métier : l’exemple du métier de fossoyeur

Lire la présentation correspondante sur Scribd

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David Gaborieau : de la “bonne palette” au “nez dans le micro”

Autrefois, les préparateurs de commande dans les entrepôts de la grande distribution disposaient d’une certaine autonomie pour constituer ce qu’ils appelaient “une bonne palette”, intelligemment chargée. L’arrivée du guidage vocal dans les entrepôts a transformé leur métier. Plus que de l’accélération, très valorisée dans le métier, ces travailleurs souffrent de la perte de leur capacité d’initiative et de coordination collective. Leur groupe se transforme, devient plus jeune, moins professionalisé.

Vous pourrez venir entendre David Gaborieau sur le même thème le 13 janvier 2013, dans le cadre du séminaire “Maladies industrielles et mobilisations collectives” soutenu par le Gestes.

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