Compte-rendu : séminaire “Le travail nucléaire” du 16 octobre

 

Dans le cadre du séminaire “Maladies industrielles et mobilisations collectives”, qui reprend pour une troisième année avec le soutien du DIM Gestes, Laure Pitti et Pascal Marichalar ont organisé, mardi 16 octobre, une après-midi d’études sur le travail nucléaire au centre Pouchet du CNRS (Paris 17ème).

Ce séminaire de recherche, centré sur six rendez-vous organisés jusqu’en juin 2013, vise à explorer les liens entre travail et santé sous l’angle des sciences sociales, définissant son champ d’études comme “l’histoire et la sociologie des mobilisations contre les effets sanitaires néfastes des activités de production”.

Cette première session avait pour objectif de présenter trois recherches sociologiques récentes sur le travail exposé à la radioactivité, s’inscrivant dans la suite d’études classiques sur le sujet, tout en variant les territoires (Afrique, France, Japon) et en étudiant différents stades de la division internationale du travail nucléaire : travail dans les mines d’uranium, travail quotidien dans les centrales nucléaires, travail extraordinaire en situation de catastrophe déclarée.

Les invités étaient donc : Pierre Fournier (Université Aix-Marseille, LAMES), autour de son livre Travailler dans le nucléaire (Armand Colin – 2012), Gabrielle Hecht (Sciences Po / EHESS /University of Michigan, autour de son livre Being Nuclear. Africans and the Global Uranium Trade (MIT Press – 2012) et Paul Jobin (Université Paris-Diderot, CEFC Taipei), autour de ses travaux sur “Les travailleurs de Fukushima et les controverses épidémiologiques sur les faibles doses de rayonnement”.

La séance s’est déroulée en trois temps : une présentation des travaux des chercheurs invités, puis une série de quatre questions transversales préparées par les organisateurs, avant une séance de questions/réponses avec le public.

 

Présentations

Pascal Marichalar présente tout d’abord l’ouvrage de Gabrielle Hecht, Being Nuclear. Africans and the Global Uranium Trade. La première partie du livre est consacrée à la marchandisation de l’uranium. La seconde s’intéresse tout d’abord à la question du radon, un gaz radioactif présent dans les mines d’uranium : tout comme dans les mines d’amiante ou de silicose, la problématique est celle des “régimes de perceptibilité”… Comment met-on en place des façons de penser liées à des instruments qui vont permettre de voir (ou ne pas voir) la radioactivité dans un site minier ?

 

Laure Pitti prend à son tour la parole, pour résumer l’ouvrage de Pierre Fournier Travailler dans le nucléaire : il a mené son étude sur le site de Marcoule, dans le Gard, pour “désinvisibiliser” le travail quotidien des salariés du nucléaire et le dissocier du qualificatif d’ “exceptionnel” dont est affublée une activité dès lors qu’elle concerne le secteur nucléaire. Autre aspect abordé au centre de l’ouvrage : l’appropriation indigène du danger par ces travailleurs, qui ne le perçoivent d’ailleurs plus fondamentalement comme tel, entre des normes au nombre pléthorique et parfois contradictoires, et un “management par l’absence” qui semble se dédouaner en renvoyant ses salariés à leurs responsabilités.

 

Pascal Marichalar évoque enfin les travaux de Paul Jobin sur “Les travailleurs de Fukushima et les controverses épidémiologiques sur les faibles doses de rayonnement” : son enquête étudie aussi bien les ouvriers qui refusent de reconnaître la réalité d’un risque, que ceux qui militent pour sa reconnaissance, ceux davantage attachés à son aspect environnemental, sans oublier des rencontres avec les personnes qui établissent les normes, avec des chefs d’entreprise… Bref, tous les acteurs gravitant autour de la visibilité et de la gestion du danger dans les environs du site.

 

Questions transversales

Laure Pitti et Pascal Marichalar posent quatre questions aux intervenants, suivies de deux interventions dans le public.

1) La première s’attache à la problématique des matériaux : comment mène-t-on ces recherches, comment accède-t-on au terrain, aux interlocuteurs ?

2) Une spécificité du travail nucléaire par rapport aux autres secteurs dangereux : comment les sociologues doivent-ils composer avec le contrôle de l’information par l’industrie, mais également de son étiquetage de “risque acceptable” ?

3) Les échelles de la subalternisation : la question de la domination ne revient-elle pas en permanence, qu’elle soit économique (entre nations) ou statutaire (entre individus), et le large recours à la sous-traitance ne revient-il pas à l’externalisation des risques ?

4) Le terme de “nucléarité”, utilisé par Gabrielle Hecht dans son ouvrage au sujet de la marchandisation de l’uranium, ne peut-il pas être appliqué à d’autres domaines ? Pascal Marichalar évoque l’édifiant traitement de l’accident de Marcoule par la presse et la classe politique française.

Deux interventions du public s’ensuivent, au sujet de la détection des cas de cancer liés à l’extraction de l’uranium au Niger, puis sur les entorses à la règle ALARA (“As Low As Reasonably Achievable”, “Aussi bas que raisonnablement possible”), avec des cas de salaires réadaptés en fonction de l’exposition à une dose plus ou moins forte de radiations.

 

La réponse de Gabrielle Hecht :

 

 

Celle de Pierre Fournier :

 

 

Et celle de Paul Jobin :

 
 

Suite et fin de la séance

Après la réponse des intervenants, commentée par Laure Pitti et Pascal Marichalar, le dernier segment de cet après-midi d’étude se déroule sous forme de discussion avec le public :

 

Prochain rendez-vous du séminaire : lundi 21 janvier 2013.

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