“Etre à la tête d’un Domaine d’Intérêt Majeur, c’est …” avec Valérie Quiguer

DIM Gestes_SG VQRun rôle de facilitateur … Organisation, Anticipation, Formalisation, « Vision globale »

 

 

 

sont donc bien les maîtres mots de Valérie Quiguer… Jusque dans l’entretien à l’origine de ce portrait.

Bloc-notes sous la main, regardant à l’occasion, d’un œil, où elle en est de sa présentation, la secrétaire générale du DIM Gestes détaille, avec force de clarté, son parcours, ses missions, ses objectifs, répondant aux questions avant même qu’elles ne soient posées. Et quand on lui fait remarquer, la réponse est immédiate : « Tant mieux ! ».

Voilà qui résume bien l’état d’esprit de cette perfectionniste, habituée, semblerait-il, à parer à toute déconvenue, et notamment au sein d’un réseau qui rassemble aujourd’hui plus de 200 chercheurs et sans doute, à l’occasion, son lot d’imprévus. Mais avant le DIM Gestes, Valérie Quiguer a eu une autre vie. Plusieurs même. « J’ai la chance d’avoir déjà eu plusieurs vies professionnelles », commence-t-elle justement, avant de préciser, point par point, le détail de ses expériences.

D’une « passion » pour l’urbanisme…

Image_Hunderwasser_Pavilions-und-BungalowsA 16 ans, elle décide de devenir urbaniste, « par passion ». C’est ainsi qu’elle intègre, après une maîtrise en Développement local et aménagement du territoire, obtenue à Rennes, puis un DESS, suivi d’un DEA Politiques Publiques, à l’Institut d’Urbanisme de Paris. « La plupart des 60 étudiants de l’Institut avaient une double compétence, ils étaient également, déjà, architectes, juristes, ingénieurs en bâtiment…. Et l’établissement avait cette particularité de rassembler jusqu’à 16 nationalités différentes. Une richesse des points de vues et des parcours » Elle y a notamment étudié la sociologie et l’histoire des organisations, et y a été formée, via des ateliers animés par des professionnels, aux stratégies d’aménagement des territoires. Ce qui l’a notamment amenée à travailler, à l’époque, sur l’aménagement des berges de la Seine.

C’est dans ce cadre qu’elle est remarquée par l’un des professionnels intervenant au sein de l’Institut, qui lui propose de l’embaucher dans un cabinet indépendant, l’un des rares à l’époque. Proposition acceptée !. Elle se spécialise alors dans les études d’impact, ce qu’elle explique aujourd’hui par son appétence pour l’organisation, la « vision globale » et la polyvalence. « J’ai eu la chance de travailler sur les impacts économiques du lien transmanche », ou encore sur des plans de développement de quartier dits « en difficultés », comme celui de Saint Philippe sur l’Ile de la Réunion. » Bien que junior, elle jongle déjà, bien sûr sous l’égide d’un senior, entre les budgets, les délais, et cette fameuse « vision globale ». Un fil rouge, décidément.

… à l’entrepreneuriat

Par la suite, Valérie Quiguer rejoint d’autres cabinets plus petits, dans l’objectif de devenir associée. Mais c’est sans compter sur une crise de l’emploi dans le secteur, au cours des années 1990, qui a inévitablement conduit à la raréfaction des embauches. Crise qui a finalement fini par la détourner de son Métier premier. Aucune importance… Elle rebondit ! En 1998 elle entre alors l’Office Nationale d’Etudes et de Recherche Aérospatiale ONERA en ingénierie de projets, sur lequel sont présents alors plus de 60 consultants, et mettant de nouveau à l’épreuve ses compétences organisationnelles. Et c’est un autre environnement qui s’ouvre, celui de la Science et des Technologies. « J’y ai rencontré les potentialités d’Internet… ».

Image_startup-LeadC’est ainsi que naît en 2001 ce qu’elle présente comme une « start-up », Urban-IT. « Nous proposions des logiciels qui rassemblaient toutes les données d’un territoire : entreprises, acteurs divers, zones d’activités et la cartographie de l’espace lui-même… » Un co-pilotage, puis pilotage, qui dure 7 ans, avec pour clients principaux des agences de développement, une banque…

Une expérience pendant laquelle elle rencontre nombre de « start-uppers » venant de divers centres de recherche privés et grands établissements de recherche publics tels que … le CNRS. Et de nouveau, on vient la « chercher ». Nous sommes alors en 2006, et cette fois-ci, c’est le CNRS qui lui propose de se charger d’une opération sur le portefeuille de brevets. « Je me suis donc occupée des start-up, et de quelques une en particulier… 250, en lien avec le CNRS, étaient déjà identifiées quand je suis arrivée. » Elles seront près de 600 en 2011, quand Valérie Quiguer change de nouveau d’horizon, visant alors une mobilité interne au CNRS, tout en souhaitant se rapprocher toujours plus de la recherche.

Au plus près de la recherche

Fin 2011, après un passage de quelques mois dans un laboratoire en physique, on lui propose de prendre la tête de la coordination administrative et financière d’un DIM. Son choix sera rapide, il s’agira du Gestes. Le déclencheur ? « J’ai d’abord été convaincue par une vidéo, réalisée par Michel Gollac, qui parlait de travail et de souffrance au travail. Ses mots étaient très clairs, et évoquaient des choses que l’on connaît tous, surtout ceux qui s’engagent vraiment dans leur travail… Mais dont on parle peu. Ce projet-là me parlait. » Et lui permettait de suivre son fil conducteur, organisation/formalisation, en l’enrichissant de son intérêt de plus en plus fort au fil des années, pour la valorisation et la communication de la science.

Début 2012, Valérie Quiguer prend donc la direction administrative et financière du DIM Gestes, une communauté déjà, par chance, assez fédérée grâce aux efforts de 2 sociologues. « Deux chercheurs, deux personnalités, deux styles, et une forte volonté, partagée avec beaucoup d’autres, de profiter de cette fenêtre de financement sur 4 ans pour fédérer des chercheurs autour du thème central qu’est le travail. »

Un chef d’orchestre… au travail

image_composerEn tant qu’agent du CNRS, elle explique concevoir avant tout son travail de coordination comme une mission d’intérêt général, visant à mettre en valeur le travail scientifique. « J’aurais tendance à utiliser une métaphore musicale. En effet, je me sens un peu comme un chef d’orchestre. » L’image du couteau suisse lui convenant également. « Mais j’essaie d’être un peu moins « partout »… J’aimerais développer des activités plus « en vertical » qu’en « horizontal ». » Afin d’éviter, notamment, le risque de dispersion.

Quoi qu’il en soit, elle le répète : « Ce programme est avant tout une enveloppe budgétaire. On aurait pu en rester là. Mais l’idée était de créer une véritable animation autour de ce réseau pluridisciplinaire, qui va aujourd’hui bien au delà des frontières de l’Ile-de-France, Région à l’origine du financement, et qui va même chercher des compétences au niveau international. »

Un réseau qu’elle considère un peu comme une start-up, et dans lequel participent bénévolement, elle insiste, de nombreux chercheurs.

Son rôle, donc : « formaliser, donner une cohérence fonctionnelle et budgétaire à ce réseau, et aller chercher les ressources parmi les personnels des établissements académiques, les fournisseurs et prestataires. Des talents, des collègues, des partenaires ».

Image_economieEt, niveau budget, le défi est grand. « Un choix a été fait : celui de consacrer l’immense majorité des fonds sur les jeunes allocataires de recherche… » 85% de l’enveloppe de 900 000 euros (en 2013), leur sont donc alloués. Ne reste plus qu’à jongler avec le reste, pour « faire fonctionner les institutions, organiser des évènements comme les séminaires mensuels, journées thématiques, et colloques, et pour rémunérer un comptable du GENES… ».

Bref, pour continuer sur la métaphore musicale, si Valérie Quiguer est un peu comme un chef d’orchestre, la mélodie est, selon ses propres termes, de l’ordre du rock n’ roll. « C’est très rythmé, et intense. Le financeur demande des reporting réguliers, précis, signés des parties-prenantes, par exemple. Ce qui est un peu la face cachée de mon travail. »

Image_TIC TACValérie Quiguer jongle donc entre diverses « temporalités » : celle des campagnes visant à choisir les lauréats, des évènements DIM Gestes, celle des instances de gouvernance entre les réunions du conseil d’orientation et du bureau, et enfin la temporalité budgétaire, « le nerf de la guerre ». « Et toutes ces temporalités se télescopent… Les temps de respiration sont rares. »

Une administratrice « nomade » entourée de chercheurs

Comment prendre sa place lorsque l’on est cernée par une multitude de chercheurs ? « Je me mets en retrait, parce que c’est la science qui importe. Mon rôle consiste à fédérer les communautés scientifiques et à mettre en lumière les recherches. » Une place qui semble lui tenir à cœur. « Il me semble qu’il est essentiel de permettre à des gens de chercher, de tâtonner pour créer… Et j’aime cette idée de création, de valeur, qu’il est nécessaire de développer ensuite. »

Un poste qui reste cependant plutôt solitaire… « En effet, un mot vient très vite : l’isolement. Je suis tout le temps en train de courir… Et je suis assez nomade : loin des bases du CNRS, je suis accueillie dans un établissement, le Genes, et plus particulièrement dans un laboratoire, mais demain cela pourrait en être un autre ».

Image_travail en reseauJe n’ai besoin que d’un téléphone, d’un ordinateur et d’une connexion Internet… Et je peux aller partout. » Rencontrer et entretenir le réseau du DIM Gestes notamment. « Mais cela ne correspond qu’à 20% de mes activités… Tout le reste est consacré au travail « caché ».  Comprendre : gérer la logistique, et toutes les tâches très formelles, la production de contrats, de conventions, de textes administratifs, etc

Gérer le site Web du DIM Gestes également, une tâche sur laquelle elle se concentre généralement en soirée, ou le week-end, dans ces temps non comptés. « Le site me permet de formaliser, ce qui est un besoin. C’est aussi un peu ma façon de rendre cette science encore plus pédagogique. C’est ma petite touche personnelle… » Et gérer des tâches aussi nombreuses que diverses : un « sport de haut niveau ».

Le « travail », un engagement à double titre

On l’aura compris, Valérie Quiguer n’est pas du genre à s’investir à moitié. « Travailler pour le DIM Gestes me permet aujourd’hui de pouvoir poser des mots sur ce que j’ai pu toucher et voir, ou même encore vivre moi-même, et de prendre du recul. Il m’arrive de me demander, parfois, pourquoi je suis là, à fournir tant d’efforts, et la réponse vient vite : parce que c’est passionnant ! C’est une chance de travailler sur ces questions… Assister aux séminaires est d’ailleurs une récompense, car j’y apprends toujours beaucoup de choses. J’ai aussi la chance de comprendre les chercheurs, plus aisé que lorsque je travaillais dans un laboratoire de physique, même si je faisais quand même l’effort de comprendre ce qu’ils faisaient. Donc j’ai beau ne pas avoir de véritable background scientifique, et donc ne pas prendre part au débat, ces disciplines me parlent. Et j’ai une autre chance : que les chercheurs m’associent beaucoup à leurs activités… ».

« Chance », un terme qui revient définitivement de manière régulière dans ses propos. « Etre intéressée par son travail en est une en effet. Il y a tellement de souffrance quand ce n’est pas le cas. Donc je m’y consacre pleinement. » Et, encore une fois, ce fort investissement n’est pas récent. « Le travail me permet de me réaliser, permet de réaliser qui je suis, il me permet de m’exprimer, d’avoir une vie indépendante, complémentaire de ma vie personnelle et familiale…

Image_privéJ’y arrive d’ailleurs, dans celle-ci, avec “trop de ce que je fais” dans le cadre du DIM… » Mais n’est-il pas important, également, de savoir aussi marquer une séparation entre sa vie professionnelle et familiale ? « En effet… Je déborde un peu. Je leur fais « manger » beaucoup de DIM Gestes. Ce qui peut devenir… in-di…geste. » Une petite diète en prévision ?Image_respect vie privée

 

 

 

 

 

 Image_Audrey MinartPropos recueillis par Audrey Minart,

Journaliste indépendante,

pour le DIM Gestes.

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