Le travail et la santé au travail : perspectives pluridisciplinaires et internationales

4ème colloque international du DIM GESTES, 21 et 22 septembre 2017, CNAM-INETOP

 

À l’occasion de son 4ème colloque international (21 et 22 septembre 2017, CNAM-INETOP), le GESTES (Groupe d’études sur le travail et la santé au travail) a souhaité mettre à l’honneur les recherches menées par les membres de son conseil scientifique et la jeune recherche sur le travail et la santé au travail que le réseau promeut.

Plénière 1 

L’occasion pour Katia Kostulski, psychologue au Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD-CNAM), de co-introduire ces deux jours d’échanges en affirmant le soutien que le laboratoire entendait continuer d’apporter au GESTES dans sa nouvelle configuration. Le financement n’est plus assuré par le Conseil régional d’Île-de-France mais par les établissements d’enseignement et de recherche dans le cadre d’un groupement d’intérêt scientifique (GIS). La structure est désormais hébergée par le CNRS à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord. Pour Arnaud Mias, professeur de sociologie à l’Université Paris-Dauphine et co-directeur du GIS GESTES, qui co-introduisait le colloque, « le GESTES prend une dimension nationale avec de nouvelles universités et de nouveaux laboratoires qui nous rejoignent ». Ces deux jours ont illustré à quel point étaient nombreux les ponts entre les disciplines et les approches dès lors que l’on se penchait sur le travail.

 

COMPTES-RENDUS

Travail informel : approche comparée entre pays développés et en développement

Quand le travail réel révèle les conflits de rôles et le gaspillage de compétences

La prévention des risques professionnels : une approche vidée des dimensions d’aliénation et de domination du travail

Travailler pour l’Europe : exterritorialité juridique sans démocratie interne

PROGRAMME

Jeudi 21 septembre 2017

9h00-9h30 : Accueil

9h30-10h15 : Allocutions d’ouverture dont Katia Kostulski pour le CRTD

10h15-12h00 : Plénière 1

Françoise Carré, économiste, University of Massachusetts Boston, Applying the concept of the informal economy to labor market changes in developed countries:  What can be learned

La communication examine comment le concept de l’économie informelle peut être utilisé dans le contexte des pays développés, en insistant particulièrement sur l’emploi informel. Plutôt que de faire une analogie simple entre l’emploi informel et les diverses formes d’emploi qui divergent de la norme historique de l’emploi salarié dans les pays développés, je tente de me servir de la définition officielle de l’économie et l’emploi informels, ainsi que de quelques analyses basées sur les économies en voie de développement, et les applique aux pays développés.

La communication procède en étudiant : 1) Comment la notion d’économie informelle peut être appliquée ; 2) Comment certaines théories de l’économie informelle ont un rapport avec les changements de l’emploi en pays développés. L’analyse se centre sur la relation entre l’informalité et la régulation ; et 3) Comment la définition statistique internationale de l’emploi informel peut être appliquée dans les statistiques de pays développés. La conclusion examine les avantages et les limites concernant l’extension de l’analyse entre ces deux contextes différents.

Thomas Pasquier, juriste, Université de Franche-Comté,  Droit, travail et ubérisation – Critique de la raison numérique

C’est un lieu commun d’affirmer que les frontières de la subordination se trouvent très largement réinterrogées depuis que certaines entreprises, profitant du formidable potentiel offert par les technologies du numérique, ont investi des pans entiers de l’activité – qu’il s’agisse de domaines dits « collaboratifs » ou bien de secteurs relevant, plus classiquement, de l’économie marchande. Uber, à ce titre, apparait comme l’étendard de nouveaux modes de captation de la valeur et de domestication de l’activité de travail par la technologie numérique.

Au juriste, l’ubérisation impose un premier défi : celui de la qualification juridique. La question se pose en effet de circonscrire la nature juridique de la relation contractuelle qui unit les travailleurs aux plateformes numériques. Pourquoi la question se pose-t-elle ? Parce que la plupart des travailleurs du numérique, ou ubérisés, relèvent en principe de la catégorie des travailleurs indépendants. Cependant, à l’analyse, la réalité des situations s’avère plus complexe qu’il y parait. Au point que la solution du contrat de travail puisse s’envisager comme l’une des voies de régulation des secteurs ubérisés. Mais est-ce la seule ? Et surtout, est-ce la plus pertinente ? C’est ainsi à la considération et l’évaluation des voies de recomposition du droit du travail qu’invite l’analyse juridique.

Derrière ce premier geste, il est en un autre, tout aussi essentiel. L’ubérisation apparait en effet comme un mode d’organisation de l’activité tout entier déterminée par l’idée de coordination : substituant au pouvoir de la hiérarchie, le contrôle des systèmes d’information, Uber se donne à voir comme un tiers garant, simple coordinateur d’activités, dans le cadre d’une relation émancipée des « contraintes » du droit du travail. Le modèle d’affaires sur lequel repose les plateformes – particulièrement les plateformes de rente – est celui d’une nouvelle forme de coordination de l’activité assise à la fois sur un logiciel de traitement des données et un réseau digital d’intermédiation. Au cœur de cette coordination digitale, on trouve le fameux « algorithme ». L’on sait cependant que l’algorithme n’est pas neutre : il est porteur de valeurs – marchandes, organisationnelles, civiques –  qui imposent une intervention du droit – en termes d’imputabilité et d’objectivité notamment. Ainsi, la fermeture de l’accès au réseau d’une plateforme numérique ne mérite-t-elle pas une discussion juridique ? Se pose alors la question de la compréhension des registres utilisés par les plateformes pour justifier leurs actions ainsi que celle des soubassements de la rationalité numérique. Le projet devient alors celui d’une critique de la raison numérique, c’est-à-dire d’un dévoilement de ses ressorts, de ses présupposés et des voies de son contrôle.

14h00-15h45 : Plénière 2

Thomas Koerner, statisticien, Office fédérale de la statistique (Allemagne), Le cadre statistique de la CEE-ONU pour la mesure de la qualité de l’emploi : perspectives pour la coopération entre la statistique et la recherche scientifique

Suite à des changements du marché de travail pendant les deux dernières décennies, le sujet de la mesure de la qualité de l’emploi a fait l’objet d’un important regain d’intérêt. La statistique officielle a fait des efforts pour développer des indicateurs sur la qualité de l’emploi qui complémentent les indicateurs plus traditionnels sur le marché du travail (comme le taux d’emploi). Le cadre conceptuel de la CEE-ONU, approuvé par la CES en 2015, sert aujourd’hui de référence dans nombre de pays. Il propose 68 indicateurs statistiques pour mesurer la qualité de l’emploi comme phénomène multidimensionnel et fournit également des recommandations pour la collecte des données ainsi que l’interprétation des indicateurs. A la différence de la plupart des autres approches, le cadre statistique a été développé par des statisticiens du marché de travail et n’est pas lié à un agenda politique spécifique. Dans l’intervention, nous présentons le cadre statistique et discutons les perspectives pour la coopération entre la statistique officielle et la recherche scientifique.

Agnès Parent-Thirion, directrice de la section Enquêtes et tendances de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, Qualité des emplois : résultats de la 6e enquête européenne sur les conditions de travail

Les résultats de la 6e enquête européenne des conditions de travail (2015 ; 35 pays ; près de 44 000 répondants) ont été analysés en prenant comme prisme la qualité du poste de travail. 7 indicateurs sont construits : l’environnement physique du travail, l’environnement social, l’intensité du travail – qui a la différence des autres indicateurs est un indicateur négatif-, l’utilisation des compétences et la discrétion au travail, les revenus du travail, les perspectives d’avenir du poste de travail, la qualité du temps de travail. 5 groupes de postes de travail similaires statistiquement par les combinaisons et niveaux de qualité des indices individuels sont construits : « high Flying » (« haut Vol »), « smooth running » (« fonctionnement stable »), « active manual » (« travail manuel actif »), « under pressure » (« sous pression ») et « poor quality » (« pauvre qualité ») couvrent respectivement 22 %, 25 %, 22 %, 13 % et 19 % des postes dans l’Union Européenne. Ces groupes sont présents dans tous les pays de l’Union européenne dans des proportions différentes. Les personnes au travail sont inégalement représentées dans ces postes de travail. Cette approche démontre l’importance de la qualité du travail et de l’emploi pour une expérience de vie au travail positive, quantifie la part des emplois de moindre qualité en Europe et suggère des pistes pour améliorer dans chaque groupe la qualité du travail et de l’emploi.

15h45-16h15 : Pause

16h15-17h15 : Plénière 3

Alain-Max Guénette, Professeur en gestion des RH, psychosociologie et organisation, HEG – Haute Ecole de Gestion Arc, Neufchatel (Suisse), Chercheur associé au CGS, Mines ParisTech, Quel enseignement en gestion des RH pour éviter les écueils de la santé dans le monde du travail ?

La présentation se centrera sur quelques écueils pour la santé dans le monde du travail du point de vue d’un enseignant en gestion, praticien en entreprise avant de l’être en milieu académique. Il s’agira de se demander dans quelle mesure l’enseignement en matière RH, à travers notamment les cours abordant la dimension humaine et ceux abordant les techniques de gestion, est à même de contourner les dits écueils.

Vendredi 22 septembre 2017

9h00-9h30 Accueil

9h30-10h45 : Plénière 4 « Organisation et dynamiques d’acteurs de la santé au travail » (Réseau des jeunes chercheurs Travail et Santé)

Animation : Gaetan Grafteaux, Doctorant en droit, Comptrasec, Université de Bordeaux

Cette session interrogera la notion d’acteurs. Nous nous intéresserons aux différentes configurations d’acteurs, institutionnels ou non, autour des problèmes de santé au travail, en essayant de comprendre comment ces configurations participent à la définition des problèmes de santé au travail et des actions jugées nécessaires.

Lucie Horn, Doctorante en sociologie, CERIES, Université Lille 3, La prévention dans les services de santé au travail, un exemple de rationalisation réussie ?

Lambert Lanoë, Doctorant en Sciences de Gestion, LEMNA, Université de Nantes, « Who wants to be manager ? » le rôle de régulation du manager de proximité et ses empêchements

Marie Ghis Malfilatre, Doctorante en sociologie, CEMS, EHESS, Du problème des conditions de travail à la Hague à celui du « tout nucléaire ». Fortune et limites de la politisation de la santé au travail

10h45-12h00 : Plénière 5 « Mutations et usages des catégories juridiques de la santé au travail » (Réseau des jeunes chercheurs Travail et Santé)

Animation : Fanny Vincent, sociologue, IRISSO, Université Paris Dauphine

Cette session s’intéressera à la construction de catégories juridiques qui agissent sur la prise en charge de la santé au travail, et sur la redéfinition de ces catégories à partir des usages qui en sont faits

Clément Cailleteau, Doctorant en droit, Comptrasec, Université de Bordeaux, La maladie du salarié. Contribution à une généalogie de l’inaptitude

Charline Robinaud, Doctorante en droit, Comptrasec, Université de Bordeaux, La consommation de drogues illicites à l’épreuve des catégories juridiques

Julie Primerano, Doctorante en sociologie, 2L2S, Université de Lorraine, Demander la reconnaissance d’un cancer en maladie professionnelle : enjeux et significations

13h30-15h15 : Plénière 6

Anne-Marie Arborio, sociologue, Aix-Marseille Université, L’hôpital comme espace de travail vu par ses marges

On reviendra sur trois ensembles de recherches menées successivement qui toutes concernent l’hôpital et ont pour point commun de porter sur des pratiques marginales de travail. Il s’agit d’abord de s’intéresser à deux main-d’œuvre atypiques : d’une part, les aides-soignantes qui occupent des postes éloignés des compétences auxquelles elles ont été formées et, d’autre part, les infirmières qui, bien qu’ayant la possibilité d’occuper un emploi en CDI ou comme agents de la fonction publique, exercent en intérim. Il s’agit ensuite de s’interroger sur l’activité de production industrielle de médicaments à l’hôpital, avec ses personnels pharmaciens et ouvriers, peu développée mais coexistant avec le puissant secteur industriel pharmaceutique privé. On se demandera ce qu’apporte l’analyse de ces situations à la compréhension de l’hôpital comme organisation et à la compréhension des parcours de travail qu’elles recouvrent.

Eric Geerkens, historien, Université de Liège, Regards historiens sur le discours médical relatif aux maladies professionnelles

Résumé : Après un bilan de l’historiographie qui traite de la mobilisation de l’expertise médicale (entendue dans un sens large de production de savoirs et non dans le sens restreint de l’évaluation du dommage) dans divers contextes nationaux, il s’agira d’évoquer l’apport mais aussi les limites d’une lecture historienne des savoirs médicaux traitant des maladies professionnelles. Les pathologies respiratoires des mineurs de charbon, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à la quasi fin de l’exploitation en Europe occidentale, seront le principal terrain d’enquête. La perspective de longue durée invite à interroger le processus de définition d’une maladie professionnelle ; il permet aussi de mettre en évidence les opportunités qu’apportent les archives pour mieux situer le discours des médecins auteurs, mais aussi les difficultés de l’étude lorsque l’accès à une telle documentation se fait plus restreint.

15h15-15h45 : Pause

15h45-16h45 : Plénière 7

Hermann Kocyba, philosophe, Goethe-Universität Frankfurt am Main, L’évaluation des risques professionnels et les formes de gestion indirectes : quelques remarques sur un débat en Allemagne

Résumé à venir.

Infos pratiques

Le colloque a eu lieu les 21 et 22 septembre 2017 dans l’amphithéâtre Gay-Lussac au CNAM-INETOP :

CNAM-INETOP
41, rue Gay-Lussac
75005 PARIS

 

 

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