Appel à contribution pour le numéro 22 des Mondes du travail : « Écrire le travail »

Appel à contribution pour le numéro 22 des Mondes du travail : « Écrire le travail »

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Les chercheurs en sciences sociales n’ont pas le monopole des écrits sur le travail. Qu’ils soient romanciers ou salariés –ou les deux en même temps-, qu’ils produisent une œuvre de fiction, rédigent leur « mémoires » ou un témoignage, nombre d’auteurs ont tenté de rendre compte, à leur façon, de l’expérience du travail. La littérature (mais aussi les autres arts, le cinéma ou la photo), dès le XIXème siècle, a contribué à « observer », « mettre en scène » puis comprendre voire « défendre » le monde du travail. Les romanciers portent un regard original et particulier sur les différents mondes professionnels. Dans quelle mesure cette littérature peut-elle est une « source » pour les chercheurs ? S’agit-il juste d’un moyen d’explorer l’imaginaire du travail à une époque donnée ? Comment une subjectivité, fictionnelle, poétique, onirique, peut – mieux ou autrement – rendre compte ou témoigner du réel quand la découverte scientifique semble dans l’impasse… ? Dans son ouvrage Daewoo (2004, p. 48), François Bon n’écrivait-il pas, à propos des entretiens qu’il a réalisés : « j’en ai les transcriptions dans mon ordinateur, cela passe mal, ne transporte rien de ce que nous entendions, mes interlocuteurs et moi-même dans l’évidence de la rencontre. […] C’est cela qu’il faut reconstruire, seul, dans les mois qui suivent, se remémorant ce qu’on apercevait de la fenêtre, comme les noms et les prénoms cités. »

Il existe sans doute de multiples façons de constituer le travail comme objet littéraire : le travail comme « décor » ; le travail comme caractérisation sociale de personnages ; le travail comme caractérisation psychologique des personnages ; Le travail comme « milieu », « ambiance » du travail de production littéraire lui-même (par exemple dans Illusions perdues de Balzac où la condition de poète, de journaliste, est minutieusement décrite dans ses contextes parisiens et de pouvoirs…) ; le travail comme valeur philosophique ; le travail et les travailleurs dans une littérature « révolutionnaire », etc. Toute typologie risque néanmoins de s’avérer vaine.

Comme l’a montré l’enquête menée par Bernard Lahire (2006), la très grande majorité des écrivains doivent, pour s’assurer des revenus suffisants, exercer une autre activité professionnelle, que cet emploi soit vécu comme purement alimentaire ou pensé comme une seconde carrière, également valorisée. Certains métiers, comme enseignant ou journaliste, sont particulièrement bien représentés. Mais finalement assez peu s’inspirent de cette expérience professionnelle dans leur œuvre littéraire. Certains romanciers ne parlent pas de leur propre travail, mais de celui de membres de leur famille, le plus souvent leurs parents. Dans chacun de ces cas, et dans des proportions variables, la réalité et la fiction se télescopent ou se nourrissent l’une l’autre ; le compte-rendu objectif, la création subjective et la recherche esthétique entrent en confrontation. Quand ils n’ont pas une connaissance de première main (ou transmise par leurs parents et leur histoire familiale) les romanciers partent parfois d’enquêtes quasi-sociologiques ou ethnographiques. On peut penser ici à Zola, dont les Carnets d’enquête ont été publiés à titre posthume (1993), ou à Jean-Paul Goux dans Mémoires de l’enclave (2003). Le plus souvent, ils s’inspirent simplement de faits divers ou de situations décrites dans les médias. Dans tous les cas, l’imagination littéraire complète le tableau.

Quel est l’apport spécifique de la littérature à la compréhension du travail ? Quels sont les contextes historiques et sociaux qui suscitent des créations littéraires sur le travail ? Quelles raisons incitent différents commanditaires possibles d’écrits sur le travail (éditeurs, entreprises, syndicats, etc.) à susciter une approche littéraire du travail ? Pour qui écrivent les romanciers ou les professionnels qui publient sur le travail ? Quels objectifs sont recherchés : dénoncer, mobiliser, juste produire une œuvre esthétique ? Comment le souci purement littéraire du style – de la forme – s’accommode-t-il de la recherche de témoignage et d’exactitude descriptive ? Quels liens l’enquête en sciences sociales et l’enquête littéraire entretiennent-elles ? Enfin, la figure de l’ouvrier, de la grande usine industrielle, parce qu’elle a donné naissance à un quasi genre littéraire (la littérature ouvrière ou prolétarienne), une forme attendue et codifiée associée au réalisme littéraire, mais aussi pour une part à un engagement militant, reste centrale. Dès lors, comment parler des classes populaires (Siblot, Cartier, Coutant, Masclet et Renahy, 2015), en évitant le double écueil du populisme ou de l’ouvriérisme (en survalorisant la cohérence et les valeurs du groupe) et le misérabilisme (qui ne verrait que les souffrances, la domination ou l’exploitation). Nombre des ouvrages littéraires sur le travail mettent l’accent – signe des temps – sur les difficultés, la dureté des conditions de vie et de travail, mais rendent moins facilement compte de l’inventivité mise au quotidien dans l’activité, de la solidarité et du plaisir qui peuvent en résulter (Christian Signol avec Une si belle école, 2010, pourrait être un contre-exemple parmi d’autres, même s’il peut être considéré par certains comme un auteur populaire). La souffrance serait-elle plus esthétique que le plaisir ? Comme pour la presse, il semble plus spectaculaire de mettre en avant les trains qui arrivent en retard ou déraillent plutôt que ceux qui arrivent à l’heure ! Comment produire une littérature qui rende compte des pratiques banales mais centrales dans l’expérience du travail ? La littérature n’est-elle pas justement le meilleur moyen de faire ressortir la grandeur des petites choses apparemment insignifiantes ?

Toutes ces questions se posent également dans le cas d’autres écritures du travail où le témoignage et l’œuvre littéraire peuvent cohabiter. Il est possible d’évoquer, par exemple, les ateliers d’écriture animés avec des salariés ou d’anciens salariés. Une autre forme d’écriture du travail peut être représentée par les mémoires et témoignages rédigés, souvent à l’issue de leur carrière, par des professionnels ou des gens de métiers souhaitant faire connaître leur travail, transmettre leur expériences, laisser une trace de leur œuvre. Ces écrits peuvent-ils constituer une source pour la recherche sur le travail ? Quelle forme particulière d’écriture du travail représentent-ils ? Possèdent-ils une dimension esthétique ou littéraire ? Quelle vision de leur travail et de leur vie ces auteurs cherchent-il à donner ?

Les propositions d’articles doivent être envoyées avant le 30 septembre 2017 (en respectant les consignes ci-dessous) à :
info@lesmondesdutravail.net et marc.loriol@orange.fr

Consignes aux auteurs :
Les articles proposés sont soumis à trois membres du conseil scientifique pour accord, révision ou refus de publication selon la méthode de l’évaluation où tant les auteurs que les évaluateurs sont anonymes. Les articles qui répondent à l’appel à contribution pour le dossier sont d’abord révisés par le conseil de rédaction avant d’être soumis au conseil scientifique.

Présentation générale
Le texte est saisi en simple interligne Les titres des chapitres sont numérotés selon la numérotation internationale (1. ; 1.1. ; 1.1.1., etc.). Les tableaux, avec leurs titres, et les figures, avec leurs légendes être intégrés dans le corps du texte. Les ponctuations propres à chaque langue doivent être utilisées (point-virgule, deux-points, point d’interrogation et point d’exclamation ne sont jamais précédés d’espace en anglais), les parenthèses et les crochets ouvrants et fermants sont collés aux mots qui les suivent ou les précèdent, quelle que soit la langue. Les accents doivent être mis sur les grandes capitales.

Aucun article ne doit excéder 40 000 signes (espaces et notes incluses). Après acceptation, les auteurs sont invités à fournir à la rédaction la version définitive sous format Word ou équivalent.

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