La première grève de l’intérim

Les collectifs de travail sont réputés être en voie de disparition, ou du moins d’effritement. Ils seraient pourtant essentiels, selon de nombreux chercheurs spécialistes du travail, pour permettre la meilleure coopération possible entre professionnels, et donc un travail de qualité. Ils seraient même un facteur protecteur en termes de santé au travail. Mais comment coopérer lorsque l’on est indépendant, du moins dans les faits, en tout cas isolé et/ou mis en concurrence ? Comment créer du collectif lorsque l’on n’échange pas au quotidien avec des collègues, que l’organisation du travail empêche ou freine les contacts, et empiète ainsi sur le sentiment d’appartenir à une même communauté ? Comment, parfois, se mobiliser ? Ils sont plusieurs chercheurs à s’être posé la question dans le cadre de ce colloque du Gestes sur les Travailleurs individualisés, précarisés ou isolés, qui s’est tenu les 22 et 23 juin 2017.

« On vient pour la visite » (2013), le documentaire de Lucie Tourette tourné en 2009 sur le mouvement des sans-papiers de l’intérim, illustre lui aussi la singularité du premier mouvement de

grèves coordonnées et de longue durée dans le monde de l’intérim. « Ce sont les premières grèves de cette ampleur dans l’intérim, qui ont aussi mis l’accent sur les conditions de travail et d’emploi », souligne Anne Bory, chercheuse au CLERSE, Université Lille I, tout en exposant les différentes stratégies syndicales qui se sont mises en place pour accompagner ce mouvement porté par des salariés dont c’était souvent la première expérience syndicale”.

Le documentaire met en relief celle de la CGT, qui a privilégié le blocage des agences pour réclamer les certificats nécessaires au processus de régularisation mis en place, tandis que Solidaires avait par exemple opté pour cibler les donneurs d’ordres. Sur les 6 800 porteurs de « cartes de gréviste », entre un tiers et la moitié a été régularisé pendant le mouvement, le reste au cours des années qui ont suivi. Cela ne s’est pas pour autant traduit par une vague d’engagement syndical. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. « Vous êtes des militants du monde ouvrier », entend-on au cours du documentaire dans la bouche d’un militant CGT en train de galvaniser les troupes. Et Lucie Tourette d’avancer une bonne raison : « Il fallait compenser la perte du salaire, donc retravailler le plus rapidement possible ».

On vient pour la visite - Affiche

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