“Un temps qui compte. Le travail en 12 heures à l’hôpital public”. Fanny Vincent.

“En travaillant sur la question du temps de travail à un moment où ce n’était pas ou plus forcément dans l’air du temps – comme le raconte Fanny à propos du démarrage de son travail – cette thèse rappelle à quel point cette entrée « temps de travail » est non seulement pertinente scientifiquement pour analyser les transformations du travail, des organisations, des activités, des modes de vie, mais qu’elle est aussi importante politiquement pour tenter de comprendre les évolutions que connaissent nos sociétés. Donc, et encore une fois malgré la longueur, certaine, de la thèse (presque 600p hors annexe et bibliographie), merci pour m’avoir donné l’occasion de me plonger dans « ce temps qui compte », un beau titre qui va à l’encontre de tous ces écrits ou cette doxa qui fait comme si le temps ne comptait plus, n’était plus une dimension pertinente du travail ou était trop poreux pour continuer à devoir être régulé. Au contraire, et encore une fois, je salue ce titre pour cela : cette thèse montre combien le temps de travail compte toujours – pour les gestionnaires d’hôpitaux (qui font des économies) autant que les soignantes en particulier (qui pour une part le revendiquent, ou pas, mais qui toutes le vivent). C’est peut-être moins le cas pour l’Etat toutefois, tant on peut s’interroger sur le rôle de ce dernier acteur, qui autorise des dérogations comme le travail en 12h, sans jamais se soucier de sa justification et alors même que toutes les études montrent les effets néfastes sur la santé d’aussi longues durées journalières du travail.

Image_Thèse de Fanny VINCENT_lauréate 2012 DIM GESTES

Mais restons à l’hôpital, et de ce point de vue, je ne vais pas revenir sur le fait que Fanny Vincent, en s’attaquant à cet univers singulier, a fait œuvre de défricheuse : certes, ce secteur public (et économique) et ce monde professionnel sont largement étudiés par la sociologie, la science politique, l’économie et les sciences de gestion aussi, et, un peu moins sans doute, par l’histoire. Mais sur le temps de travail dans ce monde singulier du travail, il n’y avait rien ou presque et Fanny a dû multiplier les sources secondaires (y compris militantes ou romanesques, comme à propos de mai 68) pour montrer de manière convaincante à quel point la question du temps de travail et du travail lui-même d’une part et celle de sa réglementation et du droit qui l’encadrait, d’autre part, ne sont venues que tardivement dans l’univers hospitalier.

La première partie de la thèse mais aussi tous les développements ensuite montrent bien, finalement, à quel point les 12h sont une entrée, un prétexte presque, qui témoigne de l’ambition bien plus large de la thèse que ce seul dispositif. Il s’agit de comprendre les manières dont s’organisent, se structurent, se vivent, se confrontent les logiques temporelles de l’activité, à travers des durées, des horaires et une intensité du travail qui constituent des dimensions fondamentales du travail.

Tout en étant centré, et bien centré sur les 12h à l’hôpital, il est donc important de souligner que la thèse permet de réfléchir plus largement à ces questions, grâce à une analyse qui s’inscrit au croisement de la sociologie de l’action publique et de ses instruments, de la sociologie du droit et de ses usages, de la sociologie du travail et de ses transformations. En portant aussi attention aux dimensions genrées, et aux articulations entre temporalités du, de et au travail et aux modes de vie et temps « hors travail »,

cette thèse dépasse la seule question des 12h et on ne peut qu’en saluer la venue en soutenance quand on voit le résultat, ou plutôt les résultats, tant ces derniers sont multiples”.

(Extrait de l’intervention de Jérôme Pélisse)

Image_Fanny Vincent Soutenance de thèse 2016

Résumé disponiblehttp://gestes.net/laureate-2012-fanny-vincent-soutient-these-9-decembre-2016/ depuis le 28 novembre 2016.

Jury :
Paul Bouffartigue, Directeur de recherche au CNRS, LEST (rapporteur)
Nicky Le Feuvre, Professeure de sociologie à l’Université de Lausanne
Dominique Méda, Professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine, IRISSO (directrice de thèse)
Jérôme Pélisse, Professeur de sociologie à Sciences Po Paris, CSO (rapporteur)
Frédéric Pierru, Chargé de recherche au CNRS, CERAPS

Consulter  : le portrait de  Fanny VINCENT mis en ligne le 19 mai 2014.

Mots clés : 12 heures, temps de travail, hôpital public, conditions de travail, action publique, articulation des temps sociaux
Image_PSLThèse  pour l’obtention du titre de docteure en sociologie de Paris Sciences et Lettres (PSL),
soutenue à l’Université Paris-Dauphine, Place du Maréchal de Lattre de Tassigny, 75016 Paris.

Logos facebook twitter GestesFanny Vincent est une lauréate 2012, allocation doctorale, soutenue images_ile de france etoilepar le DIM GESTES

sur financement du Conseil régional d’Île-de-France.

Mise en ligne le Mercredi 14 Décembre 2016, par…

 

 

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